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Fêter Pâques en famille (1)
L’année serait un tableau vide et monotone si elle n’était
pas animée par les quatre grandes fêtes et par les autres
temps de fêtes. Ce sont des moments où la terre, l’humanité respire
le spirituel. Les enfants, eux, ne demandent qu’à s’élever
et à se relier au monde divin de cette façon. Il est toutefois
difficile de redonner forme à ces fêtes, de les vivre sans
avoir, au préalable, élaboré une nouvelle compréhension
de leur contenu.
Enfin, l’hiver achève et Pâques est à nos
portes! Pour que la fête de Pâques ait un sens pour nous
et pour nos enfants, il faut s’y préparer. Avec les petits
enfants, nul besoin d’entrer dans les détails, il vaut mieux « porter
l’accent principal sur la vie nouvelle qui surgit, sur la résurrection
dans la nature. (2) » On pourra « se concentrer sur la préparation
intérieure et la faire aussi avec les enfants : préparer
des chants et des poèmes, raconter des histoires du printemps,
décorer des œufs de Pâques avec les plus grands enfants,
cuire le gâteau de Pâques, faire le jardin de Pâques.
(2) »
Voyons donc tout d’abord l’origine du nom de la fête
de Pâques et comment on en détermine la date, ainsi que
le symbolisme des œufs de Pâques.

Nom et date
Aux premiers temps du christianisme, Pâques était la fête
la plus importante de l’année. C’était la fête
des fêtes, ce qui est le cas aujourd’hui encore dans l’église
orientale. Grâce au dimanche de Pâques, notre dimanche est
devenu le premier jour de la semaine, placé sous le signe de la
résurrection. Le nom français de « Paques » vient
de l’hébreu, du nom de la fête juive. En allemand, « Ostern »,
qui signifie Pâques, tire probablement son origine du nom anglo-saxon « Eostrae » et
de l’ancien allemand « Ostara ». Ainsi se nommait la
déesse du printemps et de la lumière dans la mythologie
germanique. On retrouve la même racine dans « Aurora »,
l’aurore. La résurrection du Christ, le matin au lever du
soleil, donne à la création une dimension nouvelle.
C’est dans le ciel que se lit la date du temps pascal. En effet,
avant de pouvoir fêter Pâques, il faut laisser le printemps
s’installer. Puis le premier dimanche après la première
pleine lune du printemps sera alors le dimanche de Pâques. Les
enfants peuvent apprendre à regarder le ciel à ce moment
et ainsi à comprendre peu à peu que les lois qui régissent
le cosmos déterminent nos conditions de vie sur terre.
Les œufs
de Pâques
Pâques étant une fête du matin, plusieurs
activités
se feront donc à ce moment privilégié de la journée,
par exemple : cueillette de l’eau de Pâques au lever du soleil,
chasse à l’œuf dans le jardin. Les enfants anticipent
avec grande joie cette chasse à l’œuf le matin de Pâques.
Néanmoins, il serait préférable de les rassembler
d’abord autour de la table de fête et de la bougie allumée
pour chanter, jouer de la musique ensemble, écouter une petite
histoire du lièvre de Pâques. Voici un court chant facile à apprendre
pour tout le monde : L’hiver
s’en va.

Après ce moment de recueillement, ils pourront s’abandonner
d’autant mieux à la joie de découvrir les œufs.
Mais quel est le symbolisme de cet œuf? C’est un symbole très
ancien qui avait déjà une signification centrale dans les
mythes populaires de l’Antiquité relatifs à la création
du monde. En Inde, par exemple, on raconte qu’un œuf brillant
comme le soleil se scinda en deux pour donner naissance au ciel et à la
Terre. Les Perses, eux, imaginaient l’univers dans sa pureté originelle
comme un gigantesque œuf lumineux. À en croire un vieux mythe égyptien,
le premier dieu était sorti d’un œuf, ainsi d’ailleurs
que le dieu-soleil. De même, on désignait du nom d’œuf
la partie du sarcophage dans laquelle reposait la momie. Chez les Grecs,
la déesse-mère, Nyx, avait « pondu » un œuf
en argent d’où sortit un dieu aux ailes d’or : Éros,
le dieu de l’amour, le premier-né. Il révéla
le secret enfoui dans l’œuf. La mythologie finlandaise évoque,
elle aussi, l’existence d’un œuf en or qui finit par
se rompre en deux. Des deux coquilles émergent le ciel et la Terre
et le jaune se met à briller comme un Soleil.
Avant l’ère chrétienne, les œufs faisaient
partie des offrandes funéraires. C’était une coutume
chez de nombreux peuples de l’Antiquité de placer un œuf
dans la tombe du défunt. De nos jours, un peu partout en Grèce,
on a gardé l’habitude de déposer, le jour de Pâques,
un œuf rouge sur les tombes. En tant qu’offrande funéraire,
l’œuf se voulait le symbole de l’espérance d’une
vie nouvelle.
Pour les chrétiens, l’œuf est devenu le symbole de
la résurrection. Le jaune, ce soleil d’or enfoui dans l’œuf,
donne naissance à une vie nouvelle qui en fait éclater
la coquille. Ainsi, l’œuf n’est pas seulement le symbole
de la création du monde, mais aussi celui du renouvellement de
cette création qui se veut vivante en chacun par la résurrection
du Christ.
Ce qui nous amène à parler de la décoration des œufs,
des préparatifs particuliers pour la fête et de la valeur
mythique du lièvre de Pâques.
Nous pouvons semer le blé de Pâques le dimanche des Rameaux.
Il suffit de mettre en terre des grains de blé mou dans une
assiette peu profonde (par exemple, assiette d’aluminium) ou
un pot à fleurs, puis recouvrir légèrement avec
de la terre et de garder humide pendant toute la semaine sainte. À Pâques,
nous aurons de beaux nids où des œufs seront déposés.
Ce blé peut être transplanté dans le jardin après
Pâques, puis soigné, afin de récolter les grains,
qui pourront être utilisés pour la fête de la St-Michel.
Ces gestes simples, préparés consciencieusement par des
adultes et accomplis par les enfants, prennent un caractère de
fête qui nourrit leur âme pendant de nombreux jours. La préparation
intérieure que les adultes élaborent est une nécessité pour
vivre une véritable fête; les enfants ressentent cet arrière-fond.
Sans effort et sans initiative personnelle, il n’est plus possible
de fêter convenablement, car ce qui vient du passé et de
la tradition ne « porte » plus. C’est devenu tout à fait
extérieur, on doit se réapproprier le sens de la fête
et installer de nouvelles traditions plus consciemment. Que peut-on donc
faire pendant la semaine sainte pour s’y préparer? Pensons
davantage à la préparation intérieure qu’on
peut faire avec les enfants : préparer des chants et des poèmes,
raconter des histoires du printemps, décorer des œufs de
Pâques, cuire un gâteau de Pâques, semer le blé de
Pâques, mettre dans l’eau un bouquet de branches pleines
de bourgeons et peut-être y accrocher des œufs décorés?
Les préparatifs ont beaucoup d’importance pour les enfants,
car l’ambiance de la fête se prépare dans l’âme,
et l’attente croît. Si la fête est imposée à l’enfant
sans qu’il ait pu s’y préparer intérieurement,
il n’en profite pas autant; l’enfant a besoin de temps, même
de beaucoup de temps pour pouvoir pénétrer dans une nouvelle
ambiance. Ensuite, le jour de la fête peut alors être un
point culminant. Saisissons donc cette période de préparation
comme un temps privilégié pour nourrir l’âme
de nos enfants.
Le lièvre de Pâques
Mais qui apportera, cachera tous ces œufs le jour de Pâques?
C’est le lièvre de Pâques. Il ne faut pas le confondre
avec un lièvre ordinaire ou un lapin. Lui, il est invisible et
son pelage est doré. Pour que le lièvre de Pâques
devienne réalité, les adultes doivent en saisir la valeur
mythique.
Le lièvre est un herbivore qui ne ferait de mal à aucun
autre animal. Au contraire, on raconte souvent que ces animaux s’entraident
et qu’un lièvre pourchassé par un chien est relayé soudain
dans sa fuite par un de ses congénères qui défie
le chien pendant que le premier se cache. Ce fait déjà devrait
suffire à attribuer au lièvre sa grande valeur symbolique.
Mais il
existe encore d’autres raisons. Le lièvre, à l’opposé du
lapin, n’a ni terrier, ni galerie où se cacher. Il vit
comme un vagabond et se sent partout chez lui.
Ses longues et belles oreilles ont également une valeur symbolique.
Il est tout à l’écoute, a l’oreille fine,
ce qui lui confère une capacité d’écoute
et d’attention pour percevoir les êtres et les éléments
de la nature qui l’entourent. Les oreilles sont aussi l’organe
de sa vigilance, lui permettant de se protéger de ses nombreux
ennemis. Ses yeux sont aussi très vifs; pas extérieurement,
mais plutôt intérieurement; on dit même qu’il
dort les yeux ouverts.
Les enfants comme les adultes sont souvent émerveillés
par le spectacle des lièvres qui jouent et font le beau à l’orée
du bois. Faire le « beau », c’est prendre en jouant
la position verticale qui est propre à l’humain.
Pour toutes ces raisons, le lièvre est devenu le lièvre
de Pâques, cette image mythique, ce symbole du moi qui a vaincu
l’égoïsme personnel et qui est capable de sacrifice
et de don de soi. Quand l’être humain devient si doux qu’il
ne fait plus de mal aux autres; quand il peut percevoir l’esprit
en écoutant les voix et comprenant les langues que le commun des
mortels n’entend pas et quand il peut voir au-delà des apparences;
finalement, quand il est devenu si altruiste qu’il sacrifie sa
propre vie pour celle de son frère, alors il est comme le lièvre.
Un tel être doit exercer une vigilance constante puisqu’il
doit reconnaître le moi des autres et tout observer, le bien comme
le mal, donc être constamment aux aguets. L’humain n’est
plus si lié à une maison, un village; la terre entière
devient son habitat et tous les peuples sont ses frères. Mais
même à ce stade, il est aussi exposé à des
persécutions puisqu’il y en a toujours qui ne veulent pas
d’une telle bonté.
Le lièvre de Pâques ne pond pas d’œuf qui, nous
l’avons vu, est ce germe de la création renouvelée,
mais il est celui qui en apporte. Cette coutume s’est répandue
jusqu’à aujourd’hui, même si elle se dilue dans
la mer de chocolats qui abondent à ce moment. Seule la forme de
l’œuf demeure. Pâques aussi est devenue une occasion
de plus pour offrir de gros cadeaux aux enfants : la première
bicyclette, des jeux coûteux. Le lièvre apporte tout cela.
Et plus il en apporte, plus l’enfant s’appauvrit, car une
merveilleuse vérité lui est enlevée.
On devrait cacher différents types d’œufs, par exemple,
des œufs en chocolat, en pâte d’amandes, des œufs
teints ou peints d’une seule couleur, des œufs décorés,
dessinés, dorés, des œufs d’albâtre (on
en trouve au magasin à un dollar). Les œufs pourraient être
déposés sur la table le matin de Pâques dans un petit
nid de mousse ou de blé. Les couleurs vives et joyeuses des œufs
de Pâques revivifient. Avant que la chasse à l’œuf
commence, les enfants seront aussi contents de chanter en famille et de
se recueillir pour en apprendre sur le lièvre qui se promène
dans les forêts et les champs, qui est chez lui partout et nulle
part à la fois et qui distribue les œufs colorés.
Et surtout, que ce lièvre est prêt à donner sa vie
pour celle de son frère...
Décoration des œufs
On peut décorer les œufs cuits durs ou crus et vidés.
Si on prend soin de faire tremper les œufs dans le vinaigre avant
de les faire bouillir (dix minutes si on veut les manger, 30 minutes
si on veut les conserver) ou d’ajouter à la teinture une
cuillerée de vinaigre, la coquille absorbera mieux la couleur
or, le jus de betterave les colore en rouge, la mousse en vert.)
Pour décorer les œufs crus et vidés, on peut choisir
parmi plusieurs possibilités, telles que des blocs de cire d’abeille,
de la peinture aquarelle, de la gouache, de l’encre, des
crayons-feutre, des
morceaux de papier de soie collés
avec de l’eau, puis enlevés
lorsque décolorés et secs. L’important est
de nettoyer soigneusement les coquilles, car toute trace de graisse ou
de jaune empêcherait
la couleur de bien prendre. On pourra aussi tenter de teindre les œufs
avec des colorants naturels, comme autrefois : « la feuille d'épinard
pour le vert; le chou rouge avec du vinaigre pour le rose; le chou rouge
sans vinaigre pour le bleu; la pelure d'oignon pour l'orange.
Mettez l'ingrédient de votre choix dans une casserole
d'eau froide. Faites bouillir l'eau et plongez-y les œufs pendant
dix minutes [ou jusqu’à quelques heures pour une couleur
plus soutenue]. Passez-les ensuite sous l'eau froide, la couleur deviendra
plus foncée. (3)» On
peut aussi utiliser des colorants alimentaires additionnés d’une
cuillerée de vinaigre, qui aidera à fixer la couleur.
Le site Web de l’Office canadien de commercialisation des œufs
présente des trucs intéressants pour la décoration
des œufs de Pâques. On peut le consulter à l’adresse
suivante :
http://www.canadaegg.ca/francais/child/decorate.html
Dans son livre intitulé Les fêtes et le petit enfant, Freya
Jaffke propose de colorier plutôt les œufs à l’aide
de blocs de cire :
«
Le coloriage d’œufs soufflés (vidés) exige la
plus grande prudence et le plus grand soin dans la manipulation. Pour
cela, les enfants seront assis autour d’une table. Pour le coloriage
des œufs, nous utilisons des blocs de cire normaux, déjà tout
préparés. Il est étonnant de voir à quelle
intensité de couleur et de lumière les enfants peuvent
parvenir par ce procédé. Nous autres, adultes, cherchons
toujours à obtenir des couleurs joliment nuancées, des
formes et des motifs savamment ordonnés, et les plus grands enfants,
surtout après 5 ans, s’efforcent d’imiter, à leur
manière, les grandes personnes. Ils restent souvent longuement
concentrés sur le coloriage de leur œuf. Nous ne les corrigeons évidemment
jamais et les laissons tout à fait libres dans leur joie de créer
et leur force d’imitation. (4)»
Suggestions pour le temps pascal
Parmi les contes des frères Grimm et les contes russes, nombreux
sont ceux qui se prêtent à l’animation du temps pascal.
Il s’agit surtout d’histoires dont les thèmes traitent
de la métamorphose, de victoire sur la mort, de délivrance.
Par-delà les contes, bien des récits ou légendes
peuvent servir. À titre d’indication, parmi les contes de
Grimm : Le Roi-grenouille, Raiponce, les Deux Frères, la Boule
de cristal (où apparaît l’œuf). À partir
de neuf ans : L’histoire de Tobie (dans la Bible de Jérusalem). À partir
de douze ans : Perceval. On peut étaler l’histoire sur plusieurs
jours, voire plusieurs semaines. Racontées à la lueur de
la bougie de Pâques, ces histoires placeront l’enfant en
relation directe avec l’événement pascal.
Outre la décoration des œufs, les activités de tressage,
de pliage et de modelage permettront de passer agréablement les
après-midi pluvieux. Ces activités reposent sur des principes
d’ordre, de transformation et de mise en forme. Il faut cependant éviter
que les enfants ne soient confrontés trop tôt à des
tâches qui ne sont pas à leur portée, car elles doivent
rester source de joie et non de peine.
Il est bon que l’enfant expérimente ces jours-là les
quatre éléments naturels : la terre par le modelage et
le jardinage, par exemple; l’eau en allant chercher l’eau
de Pâques, ou en jardinant aussi; l’air par les jeux de balle,
la balançoire ou la construction de vire-vent; enfin, le feu par
la bougie de Pâques.
Si nous réussissons à renouveler sans cesse la célébration
de ce temps pascal, il deviendra source de vraie joie de vivre et de
confiance en la VIE.
Joyeuses Pâques en famille !
Un conte pour Pâques - Les œuf de Pâques
Voici un beau conte pour Pâques, qu’on peut lire aux enfants
au moment du coucher, à la lueur d’une bougie!
Une petite poule qui n’avait encore jamais vu la lumière
du jour décida d’entreprendre un long voyage à travers
le monde.
Ravie, elle courut le long d’un ruisseau jusqu’à ce
que, saisie de frayeur, elle s’arrête soudainement. Un monstre
terrible, dont les oreilles inspiraient la peur, venait vers elle, suivant
son chemin. Alors, la petite poule fit demi-tour et retourna d’où elle était
venue.
Le monstre en question était un jeune lièvre qui lui aussi,
pour la première fois, découvrait le vaste monde.
Le cœur léger, il bondissait sur les rives du petit ruisseau,
mordillant de-ci, de-là, un brin d’herbe nouvelle. Et voilà que
soudain, une créature des plus dangereuses surgit devant lui.
C’était un oiseau, pas très gros, mais aux petits
yeux perçants et au bec pointu fort inquiétant. Aussi préféra-t-il
retourner dans la tanière familiale et fila comme une flèche.
Ce n’est qu’à la lisière de la forêt
qu’il s’arrêta. Il regarda prudemment derrière
lui pour voir si son poursuivant était sur ses traces. Mais de
celui-ci, il n’en vit même pas l’ombre, ne serait-ce
même que la moindre plume de son derrière! « Il y
a donc un animal qui prend la fuite devant moi. Il m’est, à vrai
dire, bien sympathique! »
Entre-temps, la poulette, elle aussi, s’était arrêtée
dans sa fuite pour reprendre son souffle. Elle vit que le terrible animal
qu’elle avait rencontré avait bel et bien pris lui aussi
la poudre d’escampette.
Que firent donc nos deux héros? Ils rebroussèrent chemin
tous les deux, allant l’un vers l’autre. Ils se dirent bonjour,
un peu honteux et confus de leur frayeur. Et ils se plurent fort et devinrent
les plus grands amis du monde. Depuis cet instant-là, ils devinrent
inséparables et on les voyait toujours ensemble. Si bien qu’ils
rencontrèrent chacun la famille de l’autre, et tous se plurent
fort les uns les autres. Tout cela est très important, car de
là vient qu’il y a aujourd’hui des œufs de Pâques
ainsi que le lièvre de Pâques.
Les lièvres et les poules, qui ont souvent leurs petits qui naissent
vers le temps de Pâques, sont les animaux les plus pacifiques de
la création. Et ces deux amis dont on parle aujourd’hui étaient
particulièrement bons et généreux.
La vieille poule de la famille avait trouvé un bel endroit, tout
contre un fourré, et là, elle couvait ses œufs. Les
lièvres, qui n’avaient encore jamais vu d’œufs
de leur vie, n’en croyaient pas leurs yeux et ne pouvaient détacher
leur regard des petits œufs blancs et ronds, si jolis. Voyant cela,
la mère poule leur offrit ses œufs, car elle savait bien
qu’elle pourrait en pondre suffisamment. Les deux familles, donc,
se trouvaient réunies autour des œufs, et ils en vinrent
tous à parler très sérieusement :
«
D’où vient donc le monde, dit le vieux lièvre grisonnant.
Je sais que nous venons de la forêt où jadis vécurent
nos parents. Mais le monde, d’où vient-il? »
«
Cela, je peux vous le dire, répondit la vieille poule, et seules
les poules peuvent savoir cela : le monde vient d’un œuf! » Et
elle parla des œufs, et de comment aussi ils devaient être
protégés, couvés.
«
Mais il doit bien y avoir quelqu’un, dirent les lièvres,
qui a couvé l’Œuf des Mondes. L’Œuf de l’Univers. »
«
C’est vrai, répondit la vieille poule, car si un œuf
n’est pas couvé, rien ne peut en naître. C’est
le grand Oiseau des Mondes qui a pondu, réchauffé de son
corps et couvé cet œuf. »
Les lièvres furent heureux d’avoir découvert tout
cela et regardaient les œufs qui étaient là devant
eux, le cœur plein de joie. Ils ne savaient pas que ce jour qu’ils
vivaient était justement le dimanche de Pâques, jour où la
lumière du soleil a une force toute merveilleuse, toute particulière.
La maman lièvre venait juste de demander ce qu’il était
advenu ensuite de l’Œuf des Mondes, lorsqu’ils entendirent
soudain une merveilleuse musique. Le soleil s’était levé dans
toute sa magnificence au-dessus de l’horizon et répandait
aussi ses rayons sur les œufs. Tous les lièvres, qui aiment
beaucoup la musique, se levèrent et dansèrent en suivant
la mélodie qu’ils entendaient. Leurs oreilles, longues et
pointues, suivaient aussi le mouvement! Et dans le ciel, une alouette
volait, battait des ailes en restant au même endroit, et faisait
entendre le même chant et louait la lumière.
Et pendant que retentissait le chant de l’alouette et que le soleil
déversait ses rayons sur les œufs, toutes sortes de couleurs
vinrent se poser sur les œufs, pendant que les poules et les lièvres
priaient à leur façon, en silence.
Les œufs reçurent chacun leurs couleurs par les rayons du
soleil qui étincelaient tout particulièrement ce matin-là,
qui était le dimanche de Pâques. C’est le soleil aussi
qui donne aux fleurs leurs couleurs, ainsi qu’à l’arc-en-ciel,
et au ciel lui-même. Et en ce jour, il donnait aux œufs toutes
ses couleurs.
Et pendant que les lièvres et les poules vivaient ces instants,
le cœur empli d’un profond respect, le lièvre le plus âgé de
tous reçut comme un souvenir du commencement du monde.
«
Il y avait au commencement le Grand Oiseau et l’Œuf des Mondes,
dit-il, et la lumière vint à luire sur lui, et il resplendit
alors de toutes les couleurs de la vie. »
«
Laisse-moi poursuivre maintenant, lui demanda la vieille poule. Car ce
n’est pas fini. Il y avait dans l’œuf un liquide argenté et
une boule toute d’or, comme cela se trouve dans mes œufs.
Et il advint que cet œuf arriva à maturité, tout près
d’éclore. Dans mes œufs, à ce moment-là,
un petit être pique, donne des petits coups, pépie; puis
la dure coquille se brise et il en sort un petit poulet tout jaune qui
aussitôt dresse sa tête vers le ciel. Il a bien dû se
passer quelque chose comme cela pour l’Œuf des origines du
monde : la coquille craqua, et le monde et l’homme, et nous tous
en sortîmes, car l’œuf était d’une taille
gigantesque. »
«
Oui, il a dû en être ainsi », dit le vieux lièvre
songeur, se rasseyant sur le sol.
En effet, la musique s’était tue. Ses oreilles aussi s’abaissèrent à nouveau.
Il restait devant eux les œufs maintenant de toutes les couleurs.
«
Que pourrions-nous faire de ces œufs que les poules nous ont donnés? » demanda
le jeune lièvre qui était là déjà tout
au début de notre histoire.
Voilà que juste à ce moment, les enfants de la ferme voisine
d’où venaient aussi les poules arrivèrent en sautillant
sur le chemin.
«
Je sais, dit le jeune lièvre qui était l’ami de la
petite poule. Ces œufs nous ont été offerts. Nous
allons les offrir à notre tour à ces enfants. C’est
là le mieux que nous puissions faire. »
Il en fut ainsi. Le petit lièvre s’assit tout près
du buisson où se trouvaient les œufs. Il attirait sur lui
l’attention des enfants, imitant les gestes de l’homme. Quels
cris de joie poussèrent les enfants, en découvrant le nid
aux œufs multicolores!
«
Des œufs de Pâques, nous avons des œufs de Pâques
de toutes les couleurs », s’écrièrent-ils en
allant les montrer à leurs parents qui, en habits endimanchés,
arrivaient sur le chemin longeant le ruisseau.
«
Où les avez-vous trouvés? leur demandèrent-ils,
ce ne sont pas des œufs de poule comme nous en voyons habituellement. »
«
C’est le lièvre qui nous les a donnés », répondirent
les enfants, et grande était leur joie d’avoir des œufs
de Pâques de toutes les couleurs.
D’après Elisabeth Klein : Histoires de plantes, d’animaux,
de pierres et d’étoiles.
Boulange de Pâques
Brioche du carême
Brioche marquée d'une croix qui se vend traditionnellement le
Vendredi saint et que l'on mange chaude. Un régal pascal traditionnel
! Laissons nos apprentis boulangers mesurer les ingrédients et
pétrir la pâte !
Ingrédients
4 tasses de farine blanche non blanchie
1 c. à table de sel
½
c. à table de piment de la Jamaïque (quatre-épices)
½
c. à table de muscade
½
c. à table de cannelle
¼ de tasse de sucre brut 1 once de levure
1 tasse de lait chaud (110oF)
1 oeuf battu
¼ tasse de beurre
½ tasse de groseilles
2 c. à table de zeste d'orange
Glaçage : 2 c. à table de sucre, 2 c. à table
d'eau
Dans un grand bol, combiner les ingrédients secs. Dans un autre
bol, dissoudre le sucre et la levure dans le lait chaud et laisser agir.
Incorporer le beurre dans les ingrédients secs. Ajouter le mélange
de levure, l'oeuf, les groseilles et le zeste aux ingrédients
secs. Bien pétrir. Couvrir et placer la pâte dans un endroit
tiède et laisser gonfler au double de grosseur.
Divisez la pâte
en 12 ou 16 portions que les enfants pourront pétrir sur une surface
bien enfarinée. Façonner de petites brioches. Les placer
sur des tôles à biscuits bien graissées. Laisser
gonfler jusqu'à ce qu'elles doublent de grosseur. Avec un couteau,
faire une croix sur le dessus de chaque brioche avant de mettre au four à 450oF
pendant 15 ou 20 minutes. Pour le glaçage, mélanger le
sucre et l'eau. Amener à ébullition tout en remuant. Laissez
refroidir. Glacer lorsque les brioches et le glaçage sont refroidis.
(1) (Extraits du livre FESTIVALS WITH CHILDREN DE BRIGITTE BAAZ,
FLORIS BOOK. et arrangement et annotations par Judith Langevin. Ce livre
est disponible à la bibliothèque de la Corporation.)
(2) Jean-Claude Ringenwald : « Fêter Pâques en famille »,
publié dans un supplément de la revue Devenir
(3) Laurence Ottenheimer : Le livre du printemps. Georges Lemoine,
Coll. Découverte Cadet, Éditions Gallimard.
(4) Freya Jaffke : Les fêtes et le petit enfant, tome
2 - De Pâques à la
Saint-Martin, aux Éditions Triades.
Dessin des lièvres de Pâques par un élève
de 2e année
(2003-2004) et du panier de Pâques par un élève de 4e année (2004-2005).
Le texte ci-dessus est une amalgation des textes parus dans
Le Petit Roseau du 21 mars
2002, du 1e avril 2004 et du 11 mars 2005.
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