La fête de Pâques

 

Fêter Pâques en famille (1)

L’année serait un tableau vide et monotone si elle n’était pas animée par les quatre grandes fêtes et par les autres temps de fêtes. Ce sont des moments où la terre, l’humanité respire le spirituel. Les enfants, eux, ne demandent qu’à s’élever et à se relier au monde divin de cette façon. Il est toutefois difficile de redonner forme à ces fêtes, de les vivre sans avoir, au préalable, élaboré une nouvelle compréhension de leur contenu.

Enfin, l’hiver achève et Pâques est à nos portes! Pour que la fête de Pâques ait un sens pour nous et pour nos enfants, il faut s’y préparer. Avec les petits enfants, nul besoin d’entrer dans les détails, il vaut mieux « porter l’accent principal sur la vie nouvelle qui surgit, sur la résurrection dans la nature. (2) » On pourra « se concentrer sur la préparation intérieure et la faire aussi avec les enfants : préparer des chants et des poèmes, raconter des histoires du printemps, décorer des œufs de Pâques avec les plus grands enfants, cuire le gâteau de Pâques, faire le jardin de Pâques. (2) »

Voyons donc tout d’abord l’origine du nom de la fête de Pâques et comment on en détermine la date, ainsi que le symbolisme des œufs de Pâques.

 

Nom et date

Aux premiers temps du christianisme, Pâques était la fête la plus importante de l’année. C’était la fête des fêtes, ce qui est le cas aujourd’hui encore dans l’église orientale. Grâce au dimanche de Pâques, notre dimanche est devenu le premier jour de la semaine, placé sous le signe de la résurrection. Le nom français de « Paques » vient de l’hébreu, du nom de la fête juive. En allemand, « Ostern », qui signifie Pâques, tire probablement son origine du nom anglo-saxon « Eostrae » et de l’ancien allemand « Ostara ». Ainsi se nommait la déesse du printemps et de la lumière dans la mythologie germanique. On retrouve la même racine dans « Aurora », l’aurore. La résurrection du Christ, le matin au lever du soleil, donne à la création une dimension nouvelle.

C’est dans le ciel que se lit la date du temps pascal. En effet, avant de pouvoir fêter Pâques, il faut laisser le printemps s’installer. Puis le premier dimanche après la première pleine lune du printemps sera alors le dimanche de Pâques. Les enfants peuvent apprendre à regarder le ciel à ce moment et ainsi à comprendre peu à peu que les lois qui régissent le cosmos déterminent nos conditions de vie sur terre.


Les œufs de Pâques

Pâques étant une fête du matin, plusieurs activités se feront donc à ce moment privilégié de la journée, par exemple : cueillette de l’eau de Pâques au lever du soleil, chasse à l’œuf dans le jardin. Les enfants anticipent avec grande joie cette chasse à l’œuf le matin de Pâques. Néanmoins, il serait préférable de les rassembler d’abord autour de la table de fête et de la bougie allumée pour chanter, jouer de la musique ensemble, écouter une petite histoire du lièvre de Pâques. Voici un court chant facile à apprendre pour tout le monde : L’hiver s’en va.

Après ce moment de recueillement, ils pourront s’abandonner d’autant mieux à la joie de découvrir les œufs. Mais quel est le symbolisme de cet œuf? C’est un symbole très ancien qui avait déjà une signification centrale dans les mythes populaires de l’Antiquité relatifs à la création du monde. En Inde, par exemple, on raconte qu’un œuf brillant comme le soleil se scinda en deux pour donner naissance au ciel et à la Terre. Les Perses, eux, imaginaient l’univers dans sa pureté originelle comme un gigantesque œuf lumineux. À en croire un vieux mythe égyptien, le premier dieu était sorti d’un œuf, ainsi d’ailleurs que le dieu-soleil. De même, on désignait du nom d’œuf la partie du sarcophage dans laquelle reposait la momie. Chez les Grecs, la déesse-mère, Nyx, avait « pondu » un œuf en argent d’où sortit un dieu aux ailes d’or : Éros, le dieu de l’amour, le premier-né. Il révéla le secret enfoui dans l’œuf. La mythologie finlandaise évoque, elle aussi, l’existence d’un œuf en or qui finit par se rompre en deux. Des deux coquilles émergent le ciel et la Terre et le jaune se met à briller comme un Soleil.

Avant l’ère chrétienne, les œufs faisaient partie des offrandes funéraires. C’était une coutume chez de nombreux peuples de l’Antiquité de placer un œuf dans la tombe du défunt. De nos jours, un peu partout en Grèce, on a gardé l’habitude de déposer, le jour de Pâques, un œuf rouge sur les tombes. En tant qu’offrande funéraire, l’œuf se voulait le symbole de l’espérance d’une vie nouvelle.

Pour les chrétiens, l’œuf est devenu le symbole de la résurrection. Le jaune, ce soleil d’or enfoui dans l’œuf, donne naissance à une vie nouvelle qui en fait éclater la coquille. Ainsi, l’œuf n’est pas seulement le symbole de la création du monde, mais aussi celui du renouvellement de cette création qui se veut vivante en chacun par la résurrection du Christ.

Ce qui nous amène à parler de la décoration des œufs, des préparatifs particuliers pour la fête et de la valeur mythique du lièvre de Pâques.

Nous pouvons semer le blé de Pâques le dimanche des Rameaux. Il suffit de mettre en terre des grains de blé mou dans une assiette peu profonde (par exemple, assiette d’aluminium) ou un pot à fleurs, puis recouvrir légèrement avec de la terre et de garder humide pendant toute la semaine sainte. À Pâques, nous aurons de beaux nids où des œufs seront déposés. Ce blé peut être transplanté dans le jardin après Pâques, puis soigné, afin de récolter les grains, qui pourront être utilisés pour la fête de la St-Michel.

Ces gestes simples, préparés consciencieusement par des adultes et accomplis par les enfants, prennent un caractère de fête qui nourrit leur âme pendant de nombreux jours. La préparation intérieure que les adultes élaborent est une nécessité pour vivre une véritable fête; les enfants ressentent cet arrière-fond. Sans effort et sans initiative personnelle, il n’est plus possible de fêter convenablement, car ce qui vient du passé et de la tradition ne « porte » plus. C’est devenu tout à fait extérieur, on doit se réapproprier le sens de la fête et installer de nouvelles traditions plus consciemment. Que peut-on donc faire pendant la semaine sainte pour s’y préparer? Pensons davantage à la préparation intérieure qu’on peut faire avec les enfants : préparer des chants et des poèmes, raconter des histoires du printemps, décorer des œufs de Pâques, cuire un gâteau de Pâques, semer le blé de Pâques, mettre dans l’eau un bouquet de branches pleines de bourgeons et peut-être y accrocher des œufs décorés?

Les préparatifs ont beaucoup d’importance pour les enfants, car l’ambiance de la fête se prépare dans l’âme, et l’attente croît. Si la fête est imposée à l’enfant sans qu’il ait pu s’y préparer intérieurement, il n’en profite pas autant; l’enfant a besoin de temps, même de beaucoup de temps pour pouvoir pénétrer dans une nouvelle ambiance. Ensuite, le jour de la fête peut alors être un point culminant. Saisissons donc cette période de préparation comme un temps privilégié pour nourrir l’âme de nos enfants.

 

Le lièvre de Pâques

Mais qui apportera, cachera tous ces œufs le jour de Pâques? C’est le lièvre de Pâques. Il ne faut pas le confondre avec un lièvre ordinaire ou un lapin. Lui, il est invisible et son pelage est doré. Pour que le lièvre de Pâques devienne réalité, les adultes doivent en saisir la valeur mythique.

Le lièvre est un herbivore qui ne ferait de mal à aucun autre animal. Au contraire, on raconte souvent que ces animaux s’entraident et qu’un lièvre pourchassé par un chien est relayé soudain dans sa fuite par un de ses congénères qui défie le chien pendant que le premier se cache. Ce fait déjà devrait suffire à attribuer au lièvre sa grande valeur symbolique. Mais il existe encore d’autres raisons. Le lièvre, à l’opposé du lapin, n’a ni terrier, ni galerie où se cacher. Il vit comme un vagabond et se sent partout chez lui.

Ses longues et belles oreilles ont également une valeur symbolique. Il est tout à l’écoute, a l’oreille fine, ce qui lui confère une capacité d’écoute et d’attention pour percevoir les êtres et les éléments de la nature qui l’entourent. Les oreilles sont aussi l’organe de sa vigilance, lui permettant de se protéger de ses nombreux ennemis. Ses yeux sont aussi très vifs; pas extérieurement, mais plutôt intérieurement; on dit même qu’il dort les yeux ouverts.

Les enfants comme les adultes sont souvent émerveillés par le spectacle des lièvres qui jouent et font le beau à l’orée du bois. Faire le « beau », c’est prendre en jouant la position verticale qui est propre à l’humain.

Pour toutes ces raisons, le lièvre est devenu le lièvre de Pâques, cette image mythique, ce symbole du moi qui a vaincu l’égoïsme personnel et qui est capable de sacrifice et de don de soi. Quand l’être humain devient si doux qu’il ne fait plus de mal aux autres; quand il peut percevoir l’esprit en écoutant les voix et comprenant les langues que le commun des mortels n’entend pas et quand il peut voir au-delà des apparences; finalement, quand il est devenu si altruiste qu’il sacrifie sa propre vie pour celle de son frère, alors il est comme le lièvre. Un tel être doit exercer une vigilance constante puisqu’il doit reconnaître le moi des autres et tout observer, le bien comme le mal, donc être constamment aux aguets. L’humain n’est plus si lié à une maison, un village; la terre entière devient son habitat et tous les peuples sont ses frères. Mais même à ce stade, il est aussi exposé à des persécutions puisqu’il y en a toujours qui ne veulent pas d’une telle bonté.

Le lièvre de Pâques ne pond pas d’œuf qui, nous l’avons vu, est ce germe de la création renouvelée, mais il est celui qui en apporte. Cette coutume s’est répandue jusqu’à aujourd’hui, même si elle se dilue dans la mer de chocolats qui abondent à ce moment. Seule la forme de l’œuf demeure. Pâques aussi est devenue une occasion de plus pour offrir de gros cadeaux aux enfants : la première bicyclette, des jeux coûteux. Le lièvre apporte tout cela. Et plus il en apporte, plus l’enfant s’appauvrit, car une merveilleuse vérité lui est enlevée.

On devrait cacher différents types d’œufs, par exemple, des œufs en chocolat, en pâte d’amandes, des œufs teints ou peints d’une seule couleur, des œufs décorés, dessinés, dorés, des œufs d’albâtre (on en trouve au magasin à un dollar). Les œufs pourraient être déposés sur la table le matin de Pâques dans un petit nid de mousse ou de blé. Les couleurs vives et joyeuses des œufs de Pâques revivifient. Avant que la chasse à l’œuf commence, les enfants seront aussi contents de chanter en famille et de se recueillir pour en apprendre sur le lièvre qui se promène dans les forêts et les champs, qui est chez lui partout et nulle part à la fois et qui distribue les œufs colorés. Et surtout, que ce lièvre est prêt à donner sa vie pour celle de son frère...

 

Décoration des œufs

On peut décorer les œufs cuits durs ou crus et vidés.

Si on prend soin de faire tremper les œufs dans le vinaigre avant de les faire bouillir (dix minutes si on veut les manger, 30 minutes si on veut les conserver) ou d’ajouter à la teinture une cuillerée de vinaigre, la coquille absorbera mieux la couleur or, le jus de betterave les colore en rouge, la mousse en vert.)

Pour décorer les œufs crus et vidés, on peut choisir parmi plusieurs possibilités, telles que des blocs de cire d’abeille, de la peinture aquarelle, de la gouache, de l’encre, des crayons-feutre, des morceaux de papier de soie collés avec de l’eau, puis enlevés lorsque décolorés et secs. L’important est de nettoyer soigneusement les coquilles, car toute trace de graisse ou de jaune empêcherait la couleur de bien prendre. On pourra aussi tenter de teindre les œufs avec des colorants naturels, comme autrefois : « la feuille d'épinard pour le vert; le chou rouge avec du vinaigre pour le rose; le chou rouge sans vinaigre pour le bleu; la pelure d'oignon pour l'orange.

Mettez l'ingrédient de votre choix dans une casserole d'eau froide. Faites bouillir l'eau et plongez-y les œufs pendant dix minutes [ou jusqu’à quelques heures pour une couleur plus soutenue]. Passez-les ensuite sous l'eau froide, la couleur deviendra plus foncée. (3)» On peut aussi utiliser des colorants alimentaires additionnés d’une cuillerée de vinaigre, qui aidera à fixer la couleur.

Le site Web de l’Office canadien de commercialisation des œufs présente des trucs intéressants pour la décoration des œufs de Pâques. On peut le consulter à l’adresse suivante :
http://www.canadaegg.ca/francais/child/decorate.html

Dans son livre intitulé Les fêtes et le petit enfant, Freya Jaffke propose de colorier plutôt les œufs à l’aide de blocs de cire :

« Le coloriage d’œufs soufflés (vidés) exige la plus grande prudence et le plus grand soin dans la manipulation. Pour cela, les enfants seront assis autour d’une table. Pour le coloriage des œufs, nous utilisons des blocs de cire normaux, déjà tout préparés. Il est étonnant de voir à quelle intensité de couleur et de lumière les enfants peuvent parvenir par ce procédé. Nous autres, adultes, cherchons toujours à obtenir des couleurs joliment nuancées, des formes et des motifs savamment ordonnés, et les plus grands enfants, surtout après 5 ans, s’efforcent d’imiter, à leur manière, les grandes personnes. Ils restent souvent longuement concentrés sur le coloriage de leur œuf. Nous ne les corrigeons évidemment jamais et les laissons tout à fait libres dans leur joie de créer et leur force d’imitation. (4)»

 

Suggestions pour le temps pascal

Parmi les contes des frères Grimm et les contes russes, nombreux sont ceux qui se prêtent à l’animation du temps pascal. Il s’agit surtout d’histoires dont les thèmes traitent de la métamorphose, de victoire sur la mort, de délivrance. Par-delà les contes, bien des récits ou légendes peuvent servir. À titre d’indication, parmi les contes de Grimm : Le Roi-grenouille, Raiponce, les Deux Frères, la Boule de cristal (où apparaît l’œuf). À partir de neuf ans : L’histoire de Tobie (dans la Bible de Jérusalem). À partir de douze ans : Perceval. On peut étaler l’histoire sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Racontées à la lueur de la bougie de Pâques, ces histoires placeront l’enfant en relation directe avec l’événement pascal.

Outre la décoration des œufs, les activités de tressage, de pliage et de modelage permettront de passer agréablement les après-midi pluvieux. Ces activités reposent sur des principes d’ordre, de transformation et de mise en forme. Il faut cependant éviter que les enfants ne soient confrontés trop tôt à des tâches qui ne sont pas à leur portée, car elles doivent rester source de joie et non de peine.

Il est bon que l’enfant expérimente ces jours-là les quatre éléments naturels : la terre par le modelage et le jardinage, par exemple; l’eau en allant chercher l’eau de Pâques, ou en jardinant aussi; l’air par les jeux de balle, la balançoire ou la construction de vire-vent; enfin, le feu par la bougie de Pâques.
Si nous réussissons à renouveler sans cesse la célébration de ce temps pascal, il deviendra source de vraie joie de vivre et de confiance en la VIE.

Joyeuses Pâques en famille !

 

Un conte pour Pâques - Les œuf de Pâques

Voici un beau conte pour Pâques, qu’on peut lire aux enfants au moment du coucher, à la lueur d’une bougie!

Une petite poule qui n’avait encore jamais vu la lumière du jour décida d’entreprendre un long voyage à travers le monde.

Ravie, elle courut le long d’un ruisseau jusqu’à ce que, saisie de frayeur, elle s’arrête soudainement. Un monstre terrible, dont les oreilles inspiraient la peur, venait vers elle, suivant son chemin. Alors, la petite poule fit demi-tour et retourna d’où elle était venue.

Le monstre en question était un jeune lièvre qui lui aussi, pour la première fois, découvrait le vaste monde.

Le cœur léger, il bondissait sur les rives du petit ruisseau, mordillant de-ci, de-là, un brin d’herbe nouvelle. Et voilà que soudain, une créature des plus dangereuses surgit devant lui.

C’était un oiseau, pas très gros, mais aux petits yeux perçants et au bec pointu fort inquiétant. Aussi préféra-t-il retourner dans la tanière familiale et fila comme une flèche. Ce n’est qu’à la lisière de la forêt qu’il s’arrêta. Il regarda prudemment derrière lui pour voir si son poursuivant était sur ses traces. Mais de celui-ci, il n’en vit même pas l’ombre, ne serait-ce même que la moindre plume de son derrière! « Il y a donc un animal qui prend la fuite devant moi. Il m’est, à vrai dire, bien sympathique! »

Entre-temps, la poulette, elle aussi, s’était arrêtée dans sa fuite pour reprendre son souffle. Elle vit que le terrible animal qu’elle avait rencontré avait bel et bien pris lui aussi la poudre d’escampette.

Que firent donc nos deux héros? Ils rebroussèrent chemin tous les deux, allant l’un vers l’autre. Ils se dirent bonjour, un peu honteux et confus de leur frayeur. Et ils se plurent fort et devinrent les plus grands amis du monde. Depuis cet instant-là, ils devinrent inséparables et on les voyait toujours ensemble. Si bien qu’ils rencontrèrent chacun la famille de l’autre, et tous se plurent fort les uns les autres. Tout cela est très important, car de là vient qu’il y a aujourd’hui des œufs de Pâques ainsi que le lièvre de Pâques.

Les lièvres et les poules, qui ont souvent leurs petits qui naissent vers le temps de Pâques, sont les animaux les plus pacifiques de la création. Et ces deux amis dont on parle aujourd’hui étaient particulièrement bons et généreux.

La vieille poule de la famille avait trouvé un bel endroit, tout contre un fourré, et là, elle couvait ses œufs. Les lièvres, qui n’avaient encore jamais vu d’œufs de leur vie, n’en croyaient pas leurs yeux et ne pouvaient détacher leur regard des petits œufs blancs et ronds, si jolis. Voyant cela, la mère poule leur offrit ses œufs, car elle savait bien qu’elle pourrait en pondre suffisamment. Les deux familles, donc, se trouvaient réunies autour des œufs, et ils en vinrent tous à parler très sérieusement :

« D’où vient donc le monde, dit le vieux lièvre grisonnant. Je sais que nous venons de la forêt où jadis vécurent nos parents. Mais le monde, d’où vient-il? »

« Cela, je peux vous le dire, répondit la vieille poule, et seules les poules peuvent savoir cela : le monde vient d’un œuf! » Et elle parla des œufs, et de comment aussi ils devaient être protégés, couvés.

« Mais il doit bien y avoir quelqu’un, dirent les lièvres, qui a couvé l’Œuf des Mondes. L’Œuf de l’Univers. »

« C’est vrai, répondit la vieille poule, car si un œuf n’est pas couvé, rien ne peut en naître. C’est le grand Oiseau des Mondes qui a pondu, réchauffé de son corps et couvé cet œuf. »

Les lièvres furent heureux d’avoir découvert tout cela et regardaient les œufs qui étaient là devant eux, le cœur plein de joie. Ils ne savaient pas que ce jour qu’ils vivaient était justement le dimanche de Pâques, jour où la lumière du soleil a une force toute merveilleuse, toute particulière.

La maman lièvre venait juste de demander ce qu’il était advenu ensuite de l’Œuf des Mondes, lorsqu’ils entendirent soudain une merveilleuse musique. Le soleil s’était levé dans toute sa magnificence au-dessus de l’horizon et répandait aussi ses rayons sur les œufs. Tous les lièvres, qui aiment beaucoup la musique, se levèrent et dansèrent en suivant la mélodie qu’ils entendaient. Leurs oreilles, longues et pointues, suivaient aussi le mouvement! Et dans le ciel, une alouette volait, battait des ailes en restant au même endroit, et faisait entendre le même chant et louait la lumière.

Et pendant que retentissait le chant de l’alouette et que le soleil déversait ses rayons sur les œufs, toutes sortes de couleurs vinrent se poser sur les œufs, pendant que les poules et les lièvres priaient à leur façon, en silence.

Les œufs reçurent chacun leurs couleurs par les rayons du soleil qui étincelaient tout particulièrement ce matin-là, qui était le dimanche de Pâques. C’est le soleil aussi qui donne aux fleurs leurs couleurs, ainsi qu’à l’arc-en-ciel, et au ciel lui-même. Et en ce jour, il donnait aux œufs toutes ses couleurs.

Et pendant que les lièvres et les poules vivaient ces instants, le cœur empli d’un profond respect, le lièvre le plus âgé de tous reçut comme un souvenir du commencement du monde.

« Il y avait au commencement le Grand Oiseau et l’Œuf des Mondes, dit-il, et la lumière vint à luire sur lui, et il resplendit alors de toutes les couleurs de la vie. »

« Laisse-moi poursuivre maintenant, lui demanda la vieille poule. Car ce n’est pas fini. Il y avait dans l’œuf un liquide argenté et une boule toute d’or, comme cela se trouve dans mes œufs. Et il advint que cet œuf arriva à maturité, tout près d’éclore. Dans mes œufs, à ce moment-là, un petit être pique, donne des petits coups, pépie; puis la dure coquille se brise et il en sort un petit poulet tout jaune qui aussitôt dresse sa tête vers le ciel. Il a bien dû se passer quelque chose comme cela pour l’Œuf des origines du monde : la coquille craqua, et le monde et l’homme, et nous tous en sortîmes, car l’œuf était d’une taille gigantesque. »

« Oui, il a dû en être ainsi », dit le vieux lièvre songeur, se rasseyant sur le sol.

En effet, la musique s’était tue. Ses oreilles aussi s’abaissèrent à nouveau.

Il restait devant eux les œufs maintenant de toutes les couleurs.

« Que pourrions-nous faire de ces œufs que les poules nous ont donnés? » demanda le jeune lièvre qui était là déjà tout au début de notre histoire.

Voilà que juste à ce moment, les enfants de la ferme voisine d’où venaient aussi les poules arrivèrent en sautillant sur le chemin.

« Je sais, dit le jeune lièvre qui était l’ami de la petite poule. Ces œufs nous ont été offerts. Nous allons les offrir à notre tour à ces enfants. C’est là le mieux que nous puissions faire. »

Il en fut ainsi. Le petit lièvre s’assit tout près du buisson où se trouvaient les œufs. Il attirait sur lui l’attention des enfants, imitant les gestes de l’homme. Quels cris de joie poussèrent les enfants, en découvrant le nid aux œufs multicolores!

« Des œufs de Pâques, nous avons des œufs de Pâques de toutes les couleurs », s’écrièrent-ils en allant les montrer à leurs parents qui, en habits endimanchés, arrivaient sur le chemin longeant le ruisseau.

« Où les avez-vous trouvés? leur demandèrent-ils, ce ne sont pas des œufs de poule comme nous en voyons habituellement. »

« C’est le lièvre qui nous les a donnés », répondirent les enfants, et grande était leur joie d’avoir des œufs de Pâques de toutes les couleurs.

D’après Elisabeth Klein : Histoires de plantes, d’animaux, de pierres et d’étoiles.

Boulange de Pâques

Brioche du carême

Brioche marquée d'une croix qui se vend traditionnellement le Vendredi saint et que l'on mange chaude. Un régal pascal traditionnel ! Laissons nos apprentis boulangers mesurer les ingrédients et pétrir la pâte !

Ingrédients

4 tasses de farine blanche non blanchie
1 c. à table de sel
½ c. à table de piment de la Jamaïque (quatre-épices)
½ c. à table de muscade
½ c. à table de cannelle
¼ de tasse de sucre brut 1 once de levure
1 tasse de lait chaud (110oF)
1 oeuf battu
¼ tasse de beurre
½ tasse de groseilles
2 c. à table de zeste d'orange


Glaçage : 2 c. à table de sucre, 2 c. à table d'eau

Dans un grand bol, combiner les ingrédients secs. Dans un autre bol, dissoudre le sucre et la levure dans le lait chaud et laisser agir. Incorporer le beurre dans les ingrédients secs. Ajouter le mélange de levure, l'oeuf, les groseilles et le zeste aux ingrédients secs. Bien pétrir. Couvrir et placer la pâte dans un endroit tiède et laisser gonfler au double de grosseur.

Divisez la pâte en 12 ou 16 portions que les enfants pourront pétrir sur une surface bien enfarinée. Façonner de petites brioches. Les placer sur des tôles à biscuits bien graissées. Laisser gonfler jusqu'à ce qu'elles doublent de grosseur. Avec un couteau, faire une croix sur le dessus de chaque brioche avant de mettre au four à 450oF pendant 15 ou 20 minutes. Pour le glaçage, mélanger le sucre et l'eau. Amener à ébullition tout en remuant. Laissez refroidir. Glacer lorsque les brioches et le glaçage sont refroidis.

 

(1) (Extraits du livre FESTIVALS WITH CHILDREN DE BRIGITTE BAAZ, FLORIS BOOK. et arrangement et annotations par Judith Langevin. Ce livre est disponible à la bibliothèque de la Corporation.)

(2) Jean-Claude Ringenwald : « Fêter Pâques en famille », publié dans un supplément de la revue Devenir

(3) Laurence Ottenheimer : Le livre du printemps. Georges Lemoine, Coll. Découverte Cadet, Éditions Gallimard.

(4) Freya Jaffke : Les fêtes et le petit enfant, tome 2 - De Pâques à la Saint-Martin, aux Éditions Triades.

Dessin des lièvres de Pâques par un élève de 2e année (2003-2004) et du panier de Pâques par un élève de 4e année (2004-2005).

Le texte ci-dessus est une amalgation des textes parus dans Le Petit Roseau du 21 mars 2002, du 1e avril 2004 et du 11 mars 2005.

 

Dernière modification:
2009-11-23

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